Article vedette d’un commanditaire de l’ATC — Stantec
Par : Andrew Harkness, ing., PRI, responsable des solutions climatiques, Stantec, et
Rebecca Leitschuh, AICP, responsable de la résilience des infrastructures, Stantec
Le Plan d’évaluation et d’action concernant les risques climatiques sur les routes du Yukon, dirigé par Stantec Consulting Ltd., équipe le gouvernement du Yukon d’un plan innovant pour soutenir la résilience de son réseau autoroutier de plus de 3 700 kilomètres face aux changements climatiques et aux géorisques. En prenant en compte la recherche de pointe sur la résilience, une équipe multidisciplinaire et le ministère de la Voirie et des Travaux publics du Yukon (MVTPY) ont fait progresser le cadre politique d’action climatique du Yukon avec les parties prenantes clés. Le projet contribue à réduire les perturbations routières et économiques; à protéger les personnes, les biens et les infrastructures; et à soutenir des déplacements sûrs et fiables sur 15 corridors clés dans les conditions climatiques actuelles et futures (années 2050).
Puisque le Yukon se réchauffe plus de deux fois plus vite que le reste du Canada, les impacts des changements climatiques sur les infrastructures de transport sont une préoccupation urgente. Le Plan d’évaluation et d’action concernant les risques climatiques pour les routes du Yukon a été élaboré pour aider le gouvernement du Yukon à relever ces défis et à renforcer la résilience du réseau routier du territoire.
Objectifs du projet
L’objectif principal de ce projet est de mieux positionner le gouvernement du Yukon pour renforcer la résilience de ses infrastructures routières face aux changements climatiques. L’étude a défini et évalué les risques en fonction de l’exposition, des probabilités et des conséquences, et elle propose et priorise des mesures d’adaptation pour tous les risques modérés, élevés et extrêmes, tant sur des horizons temporels actuels que futurs (années 2050). Le projet s’inscrit étroitement dans les engagements continus du Yukon à agir contre les changements climatiques :
- 2019 : le gouvernement du Yukon a déclaré une urgence climatique, soulignant l’urgence de l’action climatique;
- 2020 : la stratégie climatique du Yukon (Our Clean Future) présentait le point d’action T25, qui demandait au MVTPY de mener une étude sur les changements climatiques du réseau routier;
- 2024 : l’achèvement du Plan d’évaluation et d’action concernant les risques climatiques pour les routes du Yukon a marqué une étape cruciale dans l’avancement des objectifs d’adaptation climatique du gouvernement territorial.
Les objectifs spécifiques atteints grâce au projet sont indiqués ci-dessous.
- Concevoir une approche méthodologique robuste pour caractériser l’incertitude des impacts des changements climatiques sur les infrastructures routières — incluant 3 700 km de routes, 130 structures de ponts et 7 100 ponceaux de drainage.
- Intégrer les recherches existantes et les meilleures pratiques pour adapter les infrastructures routières aux effets des changements climatiques.
- Caractériser sept géorisques (thermokarst, aufeis, inondations, processus fluviaux, glissements de terrain, avalanches, incendies de forêt) en évaluant leur type, leur répartition et leur nature, et en préparant des cartographies connexes pour chaque corridor routier.
- Réaliser une évaluation globale des risques climatiques et élaborer un plan d’action complet pour atténuer les risques les plus prioritaires.
- Orienter les orientations stratégiques futures, les priorités budgétaires et les normes d’ingénierie afin de mieux soutenir la conception et l’entretien d’infrastructures routières résilientes.
Résultats et avantages anticipés du projet
Le plan d’action du projet a classé 16 mesures d’adaptation globales en cinq catégories de mise en œuvre (gouvernance, études complémentaires, suivi, exploitation et entretien, travaux d’investissement), la mise en œuvre progressive devant reposer sur les priorités, la réduction des risques et les obstacles. Des voies d’adaptation ont été établies pour permettre la flexibilité et pour faire en sorte que les stratégies de résilience s’alignent sur les conditions évolutives et les objectifs en matière d’infrastructure.
Cette initiative représente un effort inédit pour le Yukon (et plutôt unique au Canada) qui intègre la recherche de pointe sur la résilience des infrastructures au développement réel des infrastructures. En équilibrant une étude à l’échelle territoriale en fonction de solutions ciblées au niveau des composantes infrastructurelles, le projet offre un cadre transférable à d’autres organismes gouvernementaux qui peuvent également bénéficier des leçons tirées de ce projet.
Pertinence pour d’autres organismes gouvernementaux
L’atténuation des impacts physiques des changements climatiques sur les infrastructures et l’environnement bâti est une préoccupation de plus en plus pertinente à la grandeur du Canada. Les clients, propriétaires et collectivités reconnaissent l’urgence croissante de faire progresser l’adaptation et la résilience climatiques à mesure que l’intensité et la fréquence des événements liés au climat augmentent. Les méthodes utilisées dans cette évaluation des risques et ces conclusions peuvent être adaptées aux besoins individuels des projets, des clients ou des collectivités.
Leçons tirées
1. Leadership d’ingénierie
Ce travail met en lumière le rôle joué par les ingénieurs pour la mise en œuvre d’un changement sociétal positif. Lorsque l’on repousse les frontières de la résilience des infrastructures et de l’adaptation au climat, cela démontre à quel point la profession continue d’évoluer. Une équipe multidisciplinaire composée d’ingénieurs, de spécialistes de l’environnement, de climatologues et d’experts en évaluation des risques a collaboré étroitement avec le gouvernement du Yukon et les parties prenantes pour promouvoir des approches innovantes de conception et d’exploitation des infrastructures.
2. Résolution interdisciplinaire de problèmes
L’approche interdisciplinaire utilisée reposait sur l’expertise des géosciences, des sciences du climat, de l’évaluation des risques et de l’ingénierie pour l’amélioration de la compréhension globale des risques climatiques et géorisques pour les infrastructures routières du Yukon. La géoscience et la science du climat ont éclairé l’identification et l’évaluation des risques régionaux, tandis que l’expertise en ingénierie des routes, des ponts et des ressources en eau a soutenu des cas modèles illustrant les interactions entre infrastructures et géorisques. Ces cas modèles ont été intégrés aux pratiques de gestion des risques afin d’évaluer l’exposition aux risques, les probabilités et les conséquences. Ensemble, cette approche collaborative a relevé des défis complexes d’ingénierie et a démontré la valeur de solutions intégrées et multidisciplinaires pour faire progresser la résilience climatique.
3. La pollinisation croisée au-delà de l’ingénierie
Ce projet repousse les frontières de l’ingénierie traditionnelle en intégrant des concepts et des méthodes issus de disciplines diverses, notamment l’écologie industrielle, la science de la sécurité, ainsi que la planification et les politiques.
- Analyse des flux de matériaux : issue de l’écologie industrielle, cette méthode estime les besoins à long terme en matériaux pour la construction et l’entretien des routes, optimisant les stocks et réduisant les émissions de carbone. Cela inclut l’évaluation des quantités actuelles de matériaux, la prévision des besoins futurs, l’identification des surplus ou pénuries, l’approvisionnement en ressources de remplacement et la garantie que les matériaux sont prêts pour les réparations.
- Conception sûre en cas de défaillance : empruntée à la science de la sécurité, la conception sûre en cas de défaillance s’écarte de la conception conventionnelle des infrastructures, qui se concentre sur la prévention de la défaillance à tout prix. Au contraire, cette méthode anticipe les défaillances et s’y prépare, cherchant à minimiser les conséquences des défaillances. Ce paradigme ouvre de nouvelles possibilités, telles que les suivantes :
- concevoir des tronçons routiers pour que les défaillances soient contrôlées lors des inondations, pour protéger d’autres zones et pour réduire les coûts;
- concevoir des routes pour qu’elles agissent comme des barrages, en réduisant ainsi le risque d’inondations catastrophiques en aval.
- Voies d’adaptation : à mesure que les changements climatiques affectent de plus en plus les infrastructures, une planification proactive est nécessaire pour faire face aux diverses conditions climatiques futures tout en conservant la flexibilité d’adaptation. Les voies d’adaptation — issues de la planification et des politiques — offrent un moyen structuré d’assurer la contribution des propriétaires, des collectivités et des parties prenantes. En soutenant la collaboration à des échelles multiples, ces voies contribuent à orienter le développement d’infrastructures résilientes et durables en prévision d’un avenir incertain.
4. Se concentrer sur ce qui compte le plus
La complexité des évaluations des risques climatiques, dans une région aussi vaste et variée que le Yukon, pourrait déplacer l’attention vers les détails techniques — améliorer la collecte et l’analyse des données, affiner les méthodologies et mieux intégrer les perspectives des parties prenantes. Bien que ces aspects soient importants, l’objectif central de l’évaluation des risques et du plan d’action est clair : protéger ce qui compte le plus pour les habitants du Yukon.
Pour ce faire, il faut protéger — voire réimaginer — les routes qui relient les collectivités, génèrent des opportunités économiques et maintiennent les liens culturels et sociaux. Lorsque nous donnons la priorité à ce qui compte le plus, le projet fait ressortir l’objectif plus profond de la résilience : non seulement traiter les risques, mais aussi soutenir les systèmes d’infrastructure qui veillent à ce que les collectivités du Yukon demeurent fortes, connectées et prêtes à prospérer dès maintenant et dans l’avenir.
En savoir plus sur les capacités d’atténuation et d’adaptation en matière de changements climatiques de Stantec.
Pour plus d’informations, veuillez contacter Andrew Harkness et Rebecca Leitschuh.