Article vedette d’un commanditaire de l’ATC — Ville de Montréal
À travers les différentes phases de son développement urbain, la population montréalaise a su faire preuve d’adaptabilité, notamment face aux rigueurs de l’hiver et aux nombreux défis liés à la mobilité. Cette capacité d’adaptation s’est traduite par une diversité de modes de transport qui coexistent et se complètent.
De la ville cyclable à la ville souterraine, la mobilité de Montréal est marquée par une riche histoire d’innovation. Pourtant, à partir des années 1960, la mobilité collective et active, ancrée dans les habitudes depuis des décennies, s’est graduellement effritée avec la démocratisation de l’automobile.
Le développement urbain centré sur la voiture a engendré des conséquences concrètes : dépendance accrue à l’automobile, congestion, pollution, sédentarité, pertes de temps, coûts élevés — tant pour les ménages que pour la collectivité — ainsi que des enjeux de sécurité.
Dans un contexte de croissance démographique et d’espace urbain limité, il devient impératif de repenser la mobilité et de repartager l’espace de la rue. Il s’agit de faire plus avec un réseau routier dont l’emprise est fixe. Retrouver un équilibre entre les différents modes de déplacement est essentiel, mais ne se fait pas sans heurts. En effet, certaines personnes peuvent percevoir ces transformations comme une perte de repères ou d’acquis, tant la voiture occupe parfois une place identitaire forte.
La volonté de la Ville de rééquilibrer l’espace public s’exprime depuis plusieurs années dans ses plans et politiques, notamment via le Plan de transport 2008. Le nouveau Plan d’urbanisme et de mobilité (PUM), adopté en juin 2025, réaffirme cet engagement : offrir à tous des options de déplacement sécuritaires, durables et adaptées aux défis d’aujourd’hui et de demain.
Le repartage de la rue
Lors de projets de réaménagement de la rue, un partage différent de l’espace public est souvent souhaitable. Ce repartage vise à créer un environnement urbain équilibré et inclusif, dans lequel chaque usager, quel que soit son mode de déplacement, trouve sa place. Un repartage réussi offre aux citoyens une diversité de choix en matière de mobilité.
Le repartage de la rue implique une révision de l’espace alloué à chacun des modes de déplacement, afin de redonner leur juste part aux modes actifs et collectifs. Il ne s’agit pas d’exclure la voiture, mais plutôt de réévaluer sa place dans la trame urbaine. Concrètement, ce repartage se traduit par une réduction de l’espace dédié aux automobiles, qui occupent plus de 70% de l’espace de voirie actuellement[1], au profit d’autres usages. Il se traduit aussi par l’amélioration de la sécurité pour l’ensemble des usagers, ce qui constitue un objectif central des projets de réaménagement.
L’espace comme levier de la sécurité
Plusieurs mesures sont généralement mises en œuvre pour renforcer la sécurité. Parmi celles-ci, on retrouve la réduction des largeurs des voies de circulation, qui incite les automobilistes à adopter une conduite plus prudente et à diminuer leur vitesse. Des aménagements favorisant la visibilité réciproque sont également privilégiés, comme les saillies aux intersections, qui rendent les piétons plus visibles et raccourcissent leur distance de traversée. Lorsque l’espace le permet, des refuges piétons sont ajoutés afin de permettre une traversée en deux temps, particulièrement utile pour les personnes à mobilité réduite se déplaçant plus lentement. En somme, la réduction de l’espace accordé à l’automobile libère de précieux mètres carrés pouvant être réaffectés à la sécurité des usagers les plus vulnérables.

Figure 1 : Réaménagement projeté de l’avenue Mont-Royal, entre la rue Jeanne-Mance et l’avenue de l’Esplanade
[1] Caractérisation du partage de la voirie à Montréal
Le temps comme levier de la sécurité
Autrement que par l’espace au sol, le repartage peut aussi se faire par le temps. En effet, une modification du phasage des feux de circulation pour permettre une traversée protégée pour les piétons et les cyclistes constitue une mesure largement implantée à Montréal.
Une opportunité pour soutenir la transition écologique
Afin de réduire l’émission des gaz à effet de serre et d’améliorer la qualité de l’air, la transition des modes de transport polluants vers des modes de déplacement actifs et durables, comme la marche, le vélo ou les transports collectifs est essentielle. Pour que ces options constituent de vrais choix, elles doivent être sécuritaires, efficaces et compétitives par rapport aux autres modes de transport.
Le repartage de la rue constitue également une opportunité significative pour accélérer la transition écologique. En repensant l’espace public, il est possible d’y intégrer des infrastructures vertes afin de mieux gérer les eaux pluviales et de réduire les îlots de chaleur, contribuant ainsi à l’adaptation des milieux urbains aux changements climatiques.

Figure 2 : Réaménagement du carré Augier – avant/après – Aménagement d’un jardin de pluie au cœur de l’intersection
Une rue à échelle humaine
En plaçant le confort et l’accessibilité au cœur des aménagements, on favorise une meilleure qualité de vie pour les personnes aînées, les enfants, les personnes à mobilité réduite et l’ensemble de la population, par exemple en intégrant du mobilier urbain, en offrant des parcours sans obstacles et des espaces de repos.
Ces transformations de la rue utilitaire centrée sur l’auto vers une rue équilibrée, verdie, où chacun y trouve sa place, renforcent l’appropriation citoyenne de l’espace public et favorisent une ville plus saine, plus équitable et plus résiliente.
Les stratégies de réalisation
La stratégie de mise en œuvre d’un projet de réaménagement urbain peut prendre plusieurs formes, dont deux principales : la reconstruction complète de l’emprise publique et l’aménagement de surface.
Dans le cas d’une reconstruction complète, le projet découle généralement d’un besoin de réfection intégrale des infrastructures souterraines. Cette nécessité constitue une occasion privilégiée de repenser l’aménagement de surface, plutôt que de simplement reconstruire à l’identique.
Le réaménagement des avenues des Pins[1] et Pierre-de-Coubertin[2], de la rue De Champlain[3] et du carré Augier[4] en sont de bons exemples.
À l’inverse, un aménagement de surface correspond à une intervention plus légère, souvent mise en œuvre dans une optique de déploiement rapide. Ce type de projet met l’accent sur des modifications ciblées de la chaussée, sans intégrer ou avec très peu de travaux sur les infrastructures souterraines. Il permet ainsi de repartager l’espace de la rue sur de longs linéaires, en un temps réduit.
Le réaménagement de la rue Saint-Denis[5], de l’avenue Christophe-Colomb[6] et du boulevard Henri-Bourassa[7] figurent parmi les exemples récents.
[1] 27935_infolettre-3_ave_des_pins_2023_web_3.pdf
[2] Avenue Pierre-de-Coubertin – Phase 3
[3] Projet rue De Champlain | Ville de Montréal
[4] Réaménagement du carré Augier | Ville de Montréal
[5] Le REV : un réseau express vélo | Ville de Montréal
[6] Avenue Christophe-Colomb : aménagement de voies cyclables | Ville de Montréal
[7] Le boulevard Henri-Bourassa : bientôt un corridor de mobilité durable | Réalisons Montréal

Figure 3 : Réaménagement projeté de la rue Hochelaga – avant/projeté
Équipes multidisciplinaires
Les projets de réaménagement de rue sont des initiatives complexes, mobilisant plusieurs disciplines et différents services municipaux selon les étapes du projet. Les équipes impliquées regroupent ingénieurs, urbanistes, architectes paysagistes, agents techniques et graphistes.
La complémentarité entre l’ingénierie, l’urbanisme et l’architecture du paysage permet de concevoir des projets qui intègrent à la fois l’efficacité des déplacements, la sécurité, le verdissement, ainsi qu’une attention particulière à l’expérience des usagers. L’objectif est de créer des rues conviviales, harmonieuses et adaptées aux besoins de tous.
Des lignes directrices d’aménagement de la rue[1] sont disponibles et régulièrement mises à jour. Une équipe dédiée de la Ville est responsable de leur actualisation et de la création de nouvelles fiches techniques, afin de soutenir les équipes dans la planification et la mise en œuvre des projets.
La gestion du changement : comment inclure la population dans ce processus de transformation urbaine?
Tout changement, en particulier dans l’espace public, suscite inévitablement diverses réactions au sein de la population. Afin d’éviter les effets de surprise et de limiter les réactions négatives, la diffusion proactive et transparente de l’information s’avère essentielle. Certains projets offrent même l’opportunité d’impliquer les citoyens dans la définition des nouveaux aménagements, favorisant ainsi l’adhésion et l’appropriation collective du changement.
Au cours des dernières années, la Ville de Montréal s’est dotée d’outils et de mécanismes visant à améliorer la gestion des parties prenantes ainsi que la communication avec les citoyens. Une stratégie est mise en place pour chaque projet, selon l’ampleur du projet et les impacts attendus sur la population.
[1] Répertoire des pratiques d’aménagement de la rue

Figure 4 : Exemple d’un processus de gestion des parties prenantes
[1] Répertoire des pratiques d’aménagement de la rue (Directory of street design practices)
Conclusion
Dans sa volonté de repartager l’espace public, la Ville de Montréal se heurte à des défis similaires à ceux rencontrés par de nombreuses métropoles nord-américaines.
Au-delà de l’imaginaire encore fortement marqué par la culture automobile, plusieurs défis freinent la mise en œuvre du repartage de la rue. Les exigences logistiques d’une grande ville, comme la circulation de camions de livraison, de véhicules d’urgence ou d’équipements de déneigement, rendent parfois difficile la réduction de l’espace dédié à l’automobile. Pourtant, ces contraintes représentent une occasion d’innover dans nos pratiques d’aménagement, d’exploitation et d’entretien de la rue, au bénéfice de toutes et tous.
Dans ce contexte, la multimodalité devient un levier essentiel : un même citoyen peut être automobiliste, piéton, cycliste ou usager de trottinette au cours d’une journée. Cette diversité d’expériences favorise une meilleure compréhension entre usagers et un partage plus respectueux et équitable de l’espace public.
En définitive, le repartage de la rue est un acte de solidarité. Il ne s’agit pas seulement de redistribuer l’espace, mais de construire une ville plus inclusive, où chacun peut trouver sa place. Le repartage, c’est le partage.